UN GOUVERNEMENT ENNEMI DE LA DEMOCRATIE DEUX POIDS, DEUX MESURES

Un gouvernement qui, systématiquement s’emploie à interdire toutes manifestations politiques en raison du risque de troubles à l’ordre public est un ennemi de la démocratie.

« Ordre public », le mot est lâché. Que signifie-t-il ?

 En droit, l’expression désigne l’ensemble des règles obligatoires qui permettent la vie en société et l’organisation de la nation. C’est une nébuleuse, une nébuleuse au contenu variable. L’ordre public couvre en effet des notions générales comme la sécurité, la morale, la salubrité, la tranquillité, la paix publique. Il rentre dans le pouvoir régalien de l’Etat qui en assure la garantie dans le ressort de la police administrative. Selon nos institutions, le maintien et le rétablissement de l’ordre public relèvent du ministère de l’Intérieur. Ils sont assurés par la Police nationale et la Gendarmerie nationale.

Le risque de trouble à l’ordre public est une situation de fait où la paix publique peut être atteinte. Et c’est pour pallier à ce risque que certaines libertés font l’objet de restrictions. La raison en est que dans l’intérêt général, l’exercice des libertés comporte des devoirs et des responsabilités qui justifient qu’il soit soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, mais une telle loi doit être de clarté propre à éviter l’interprétation de l’homme, sujet ondoyant et divers pour garantir l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire. Aussi, notre législateur, pour éviter les dérives, n’a-t-il pas voulu soumettre les manifestations politiques à des autorisations mais à de simples déclarations préalables, ajoutant que soit motivée toute décision d’interdiction, ce qui est rarement observé.

Cet alibi de l’ordre public, Paul Biya ne l’utilise pas d’aujourd’hui. Vous souvient-il de cette affaire YONDO Black et autres ? Après qu’il ait déclaré à la plus grande joie de tous ses compatriotes qu’il n’est plus question de se rendre dans le maquis pour exprimer ses opinions, Me YONDO Black et ses camarades, le prenant aux mots, à peine avaient-ils élevé leurs voix pour exiger du Pouvoir le respect de la constitution qui plaçait le pays politiquement sous le régime pluraliste à la place de celui du parti unique, qu’ils ont été mis sous mains de justice pour appel à la rébellion, subversion et autres atteintes à l’ordre public. En réalité, ce n’était pour l’homme de MVOMEKA que le moyen de détecter ceux des camerounais qui ne regardaient pas dans la même direction que lui  afin de mieux les contenir. Il suffit pour s’en convaincre de parcourir les deux moutures en projet de l’appel que nous entendions soumettre au pays pour se rendre compte que Paul Biya n’a jamais été disposé à laisser celui-ci s’épanouir sous le ciel de la démocratie et de la libre expression. Nous étions en 1990, seulement 8 ans après son accession au pouvoir.

PREMIERE MOUTURE

Camerounaises, camerounais

Après un quart de siècle de l’ère d’AHIDJO caractérisée sur le plan politique par des dérives monarchiques de ce que l’on dénomme ‘’l’Etat de droit’’ et sur le plan économique, ‘’le perpétuel décollage’’, les Camerounais, tous les Camerounais, considéraient comme allant de soi que l’homme du Renouveau, maitre des destinées du pays,  allait définitivement tourner la page douloureuse de cette dérive monarchique et permettre le progrès économique si longtemps attendu.

Aujourd’hui, force est de constater que la déception des camerounais, de tous les camerounais, soucieux du destin de la nation, et la colère qui monte dans la masse sont à la mesure des espoirs suscités par l’avènement du Renouveau.

Nous ne devons plus accepter une troisième expérience malheureuse du régime anti-peuple. Un vent nouveau se lève. Le vent de la liberté et de la démocratie souffle de par le monde. Ce vent ne doit pas nous laisser indifférents.

Camerounaises, Camerounais

L’heure est grave et il faut choisir entre l’action et la résignation.

 Les incidences pernicieuses de la crise qui constituent le pain quotidien du Cameroun arrivent même à être perçues comme une fatalité. Baisses généralisées des revenus des Camerounais et particulièrement ceux des paysans et des salaires du secteur public, licenciement et compressions massifs des personnels, dégradations prononcées de la scolarisation des jeunes camerounais, situation sanitaire de plus en plus inquiétante etc., etc…. Les difficultés et les souffrances d’aujourd’hui ne sont que la conséquence directe d’une Politique essentiellement au service d’une infime minorité, une oligarchie très peu préoccupée par les intérêts du peuple.

Au-delà d’un tel anachronisme historique, les légitimes aspirations du peuple camerounais laissent de côté et relèguent dans les archives de l’histoire le legs négatif du passé et du parti unique : UC, UNC, RDPC, etc.

Au cours de son histoire, et afin que nul n’ignore, le Cameroun a relevé les défis les plus divers. Loin de se retrancher derrière le mur du monolithisme idéologique, le mouvement national de libération s’est développé sur les prémisses du pluralisme idéologique, du multipartisme constructif, responsable de l’alternance du pouvoir politique. La lutte héroïque des pères fondateurs de l’UPC, Ruben UM NYOBE, Félix Roland MOUMIE, Ernest OUANDIE… s’est toujours développée dans un climat de dialogue, de tolérance, d’égalité en droits des individus, du respect des valeurs qui fondent le système politique de la main tendue. Cette politique n’a rien de commun avec la soi-disant ‘’moralisation’’ et /ou ‘’démocratisation’’ du régime de Monsieur Paul BIYA.

Camerounaises, Camerounais

Il faut donner une nouvelle impulsion à notre économie. Il faut redonner confiance à notre peuple.

Tout cela n’est possible que dans un climat de liberté, de démocratie et de progrès véritables.

                Le Cameroun, notre beau pays, doit renaitre dans le multipartisme, avec une assemblée nationale responsable, entièrement indépendante du pouvoir exécutif. C’est au sommet des principes fondamentaux autour desquels pourra, de façon solide, se rassembler la majorité sociale camerounaise associée à sa majorité politique d’avant-garde que se situe le combat d’aujourd’hui, un combat qui est celui de tous les camerounais. ‘’

DEUXIEME MOUTURE

Camerounaises, Camerounais

Après un quart de siècle de l’ère d’AHIDJO caractérisée sur le plan politique par des dérives monarchiques, de ce que l’on dénommait un ‘’Etat de droit’’ et sur le plan économique ‘’un éternel décollage’’ qui n’a d’ailleurs jamais pris d’altitude, les Camerounais, tous les Camerounais, considéraient comme allant de soi que l’homme de la rigueur et de la mobilisation, nouveau maitre des destinées du Cameroun, allait définitivement tourner cette page douloureuse de notre histoire, et permettre le progrès si longtemps attendu.

Aujourd’hui, force est de constater la déception des Camerounais qui ne cessent d’interpeller chaque jour davantage les rigueurs d’une politique essentiellement caractérisée par un pilotage à vue sans rapport avec les préoccupations quotidiennes.

Nous ne pouvons plus accepter une troisième expérience malheureuse d’un régime qui vilipende le peuple.

Au moment où soufflent partout dans le monde un vent de liberté et son corollaire la démocratie, nous n’avons pas le droit de nous croiser les bras et de rester inactifs.

Camerounaises, Camerounais

L’heure est grave, le pouvoir brandissant le spectre de la crise nous demande des sacrifices de plus en plus importants.

Au cours de son histoire et afin que nul ne l’ignore, le Cameroun a relevé les défis les plus divers.

Loin de se retrancher derrière le mur du monolithisme dogmatique, le mouvement national de libération s’est développé sur les prémisses du pluralisme idéologique, et du multipartisme constructif et responsable, et de l’alternance au pouvoir politique.

La gestion d’un pays dans un système démocratique implique une organisation équilibrée du Pouvoir.

La lutte héroïque des patriotes s’est toujours développée dans un climat de dialogue, de tolérance, d’égalité des droits des individus, du respect des valeurs qui fondent nos systèmes politiques ayant en aversion tout tribalisme ou tout régionalisme. Cette politique n’a rien de commun avec le régime du RDPC.

C’est pourquoi nous en appelons à toutes les forces vives afin qu’ensemble nous exigions du pouvoir actuel la reconnaissance de tous nos droits civiques et de toutes les libertés fondamentales.

Le Cameroun, notre beau pays, doit se reconnaitre dans le multipartisme avec une Assemblée  Nationale responsable, entièrement indépendante du pouvoir exécutif. C’est au sommet des principes fondamentaux autour desquels pourra,  de façon solide, se rassembler la majorité sociale camerounaise associée à sa majorité politique d’avant-garde, que se situe le combat d’aujourd’hui, un combat qui est celui de tous les camerounais.

Votre participation à cette noble et sublime bataille, vous pouvez nous l’assurer en nous retournant dument signé cet appel de la Coordination Nationale pour la Démocratie et le Multipartisme. (CDM)’’

Tels sont les propos qui nous ont valu, à moi 3 ans d’emprisonnement, à Anicet EKANE 4 ans  et par contumace à Jean-Michel TEKAM, 5 ans.

 Hormis la volonté du Pouvoir de perdurer et de dénier à ses citoyens tout droit à la libre opinion et à la libre expression qui pourrait ouvrir les yeux et éclairer ceux qui sont encore au stade du ‘’citoyen-sujet’’, vous voyez qu’il y a bien longtemps que Monsieur Paul Biya, à la suite de ses maîtres, s’est montré peu disposé à voir cheminer son pays dans la voie de la démocratie.

Rien d’étonnant donc  devant le spectacle qui nous est gracieusement offert.

Une meute s’acharne sur le MRC, lui faisant grief d’avoir initié la casse des ambassades du Cameroun à l’Etranger (France, Allemagne, Grande Bretagne). A tue-tête, on crie au scandale.  Des hordes de camerounais dits « les patriotes » savamment organisés et généreusement entretenus par des responsables d’Etat à tous les niveaux

                •             Manifestent pour critiquer et condamner ceux qu’ils appellent « des casseurs », « des hommes de mains » du Professeur Maurice KAMTO qualifié à l’occasion d’illusionniste assoiffé de pouvoir,

                •             Tissent des motions de soutien pour l’homme du 6 novembre qu’ils savent pourtant  qu’aujourd’hui, âgé de 86 ans et en 36 ans de règne, ne peut plus jouir de toutes ses  facultés mentales et physiques, n’a donné et ne donne du Cameroun qu’un triste tableau de désolation, de misère, de pauvreté à tous les niveaux, de regrets, de tribalisme, de corruption, de népotisme, de guerres de sécession et même de positionnement, insécurité dans l’ensemble du territoire etc.

A croire que le matériel aurait plus de valeur que le sang de nos compatriotes qui coule et les morts et blessés que nous ne comptons plus. Ils oublient ou feignent d’oublier que les bâtiments qui abritent notre représentation diplomatique à l’étranger font figure de parents pauvres de l’Afrique, que ceux qui y travaillent, le personnel donc, ne s’expriment pour la plupart du temps qu’en langue vernaculaire, généralement celle d’origine de l’homme d’Etoudi,  que ce personnel n’a aucune considération pour les usagers, pas de geste de courtoisie envers les visiteurs, toujours prompts à ne donner du service public du pays qu’une piètre image, un service public que l’on monnaye et comme disait quelqu’un, « les princes qui nous gouvernent ont en commun de promouvoir la fraude, le vol et la gabegie à grande échelle à tous les niveaux au pays,  que leur rancœur vient de ce que  leur manigance qui leur procurait un chiffre d’affaires substantiel a été démantelé par les casseurs ».

Pourquoi  faut-il se voiler la face ?  Nous sommes tous des camerounais et répondons tous d’un même drapeau. Nous savons tous , toute hypocrisie mise à part, que ceux que l’on nomme des « casseurs » ne sont ni plus ni moins que des camerounais mécontents  d’un pouvoir qui n’ a tenu en 36 ans de règne aucune de ses promesses de campagnes électorales, à savoir : placer l’homme au centre de ses préoccupations, promouvoir l’éducation pour tous, l’égal traitement de tous devant la loi, l’emploi des jeunes, la résorption d’un chômage endémique, l’industrialisation du pays, la construction des routes, des ponts, des hôpitaux et des écoles, l’égalité des chances, que sais-je encore!

Comment comprendre que nous restions de marbre là où ailleurs il y aurait effervescence, pire que l’on retrouve encore au pays des hommes et des femmes qui vous soutiennent que Paul Biya est et reste l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. C’est à croire que Jean-Marie Muller  ne pouvait si bien dire

« Ce qui menace la démocratie, aujourd’hui comme hier, ce n’est pas la désobéissance civile,

 mais l’obéissance servile. »

 Et Gerald COLTON d’ajouter commentant l’histoire de la poule déplumée d’Adolphe Hitler,

« Le peuple suit toujours celui qui lui donne les miettes du jour »

Mais cela jusques à quand ?

De nos jours, dans notre pays,  tous les ingrédients d’une révolte populaire, d’une révolution donc sont réunis, mais nos compatriotes en sont toujours à en appeler à Dieu pour nous garantir la paix. Pourquoi en appeler à la paix si l’on n’a pas conscience de cette situation de révolte ?

Dans la constitution du Cameroun, la loi fondamentale du pays, le Peuple Camerounais

                proclame dans son préambule que l’être humain, sans distinction de                race, de religion, de sexe, de croyance, possède des droits inaliénables et     sacrés ;

                  Affirme son attachement aux libertés fondamentales inscrites dans la Déclaration    Universelle des Droits de l’homme, la charte des Nations-Unies, la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, et toutes les conventions internationales y relatives et dûment ratifiées, notamment aux principes entre autres suivants :

              •  Le domicile est inviolable. Nulle perquisition ne peut y avoir lieu qu’en vertu de la loi ;

               •    Nul ne peut être contraint de faire ce que la loi n’ordonne pas ;

              •  Nul ne peut être poursuivi, arrêté ou détenu que dans les cas et selon les formes  déterminées par la loi ;

             •  Toute personne a droit à la vie et à l’intégrité physique et morale. Elle doit être traitée  en toute circonstance avec humanité. En aucun cas, elle ne peut être soumise à la torture, à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants

          •  La liberté de communication, la liberté d’expression, la liberté de presse, la liberté de  réunion, la liberté d’association, la liberté syndicale et le droit de grève sont garantis  dans les conditions fixées par la loi

            •  Tous les hommes sont égaux en droits et en devoirs.

      •  L’Etat assure à tous les citoyens les conditions nécessaires à leur développement ;

      • L’Etat assure la protection des minorités et préserve les droits des populations  autochtones conformément à la loi ;

         •   La liberté et la sécurité sont garanties à chaque individu dans le respect des droits  d’autrui et de l’intérêt supérieur de l’Etat ;

         • Tout homme a le droit de se fixer en tout lieu et de se déplacer librement, sous réserve des prescriptions légales relatives à l’ordre, à la sécurité et à la tranquillité publics ;

         •   Etc.

Mais comment comprendre que la police se soit donné la liberté de s’introduire au domicile du citoyen Albert DZONGANG où elle a procédé à de multiples arrestations sans mandat d’une autorité de justice ? Bien sûr des mérites de permission vont par la suite être vantés, mais il ne s’agira là que d’une reconstitution sans surprise car dans le pays de Roger Milla, il est de notoriété que la Justice est sous influence. Quand on met sous mains de justice un individu, la moindre des choses est de notifier à celui-ci ce qu’on lui reproche, les infractions commises donc. Ce n’est que bien plus tard après ces arrestations,  que la notification des infractions dont le pouvoir a d’ailleurs eu du mal à trouver la qualification a été faite.

En démocratie, convient-il de le rappeler, il faut  en permanence avoir raison gardée.

Comment comprendre que des manifestations de certains soient autorisées là où celles des autres sont interdites sous le prétexte qu’elles exposent à des troubles à l’ordre public ? Deux poids deux mesures, coutume au Cameroun, c’est le propre de l’art de gouverner de l’homme des grandes opportunités.

Bien qu’il soit reconnu aux Etats indépendants un principe de souveraineté, il est admis dans les usages internationaux que les traités et conventions internationaux signés  et ratifiés par les Etats souverains placent ces traités et conventions au-dessus des lois nationales. De la sorte, les manifestations des partis politiques, un de leurs modes d’expression, doivent pouvoir s’exercer librement et sans entraves de la part de l’Administration, laquelle risquerait de se heurter à une résistance populaire que ne saurait justifier  la violence légitime reconnue à l’Etat.

L’expression « violence légitime » fait référence au monopole dont dispose l’Etat pour le maintien ou le rétablissement de l’ordre public aussi bien en temps de paix qu’en temps de guerre. Elle peut se traduire par une limitation des libertés individuelles. Elle peut aussi dégénérer en un terrorisme d’Etat et, dans certains cas, prendre la forme extrême de génocide.

Si force doit toujours rester à la loi, il ne demeure pas moins et malgré tout  que dans une démocratie, la « légitimité  » de cette violence est fondée sur la conformité au droit et à l’équité, elle-même définie par la raison, le bon sens, la justesse et la mesure.

Je me refuse de prendre spontanément le parti de ceux qui jugent et condamnent le saccage et le pillage des biens et des édifices publics à l’étranger. Cela me vaudra sans doute d’être traité d’antipatriote par des thuriféraires assoiffés de prébendes. Qu’à cela ne tienne.

Je me demande avant tout pourquoi et comment ces compatriotes qui ne sont pas des malades d’esprit en sont arrivés là. Il n y a pas de cause indéfendable, nous apprend-t-on dans les écoles de la basoche à l’idée bien connue de tous que même le pire des criminels a droit à une défense et pour assurer une bonne défense, il importe de scruter la conscience du client. C’est pourquoi j’ai dit avant tout, je m’interroge.

Etant moi-même originaire de ce pays, j’ai un devoir de mémoire qui me contraint à estimer en valeur ce que le Cameroun a gagné dans les 36 années de règne du Président BIYA, comme j’ai aussi le devoir de me demander si le peuple ne se montre pas ingrat après tout ce qu’il aurait reçu de celui-ci.

Si la réponse à cette préoccupation n’est pas en faveur du pouvoir, cela signifie que le  peuple a raison d’être mécontent et partant, de manifester à sa manière son mécontentement qui n’est qu’une révolte face aux frustrations subies avec toutes conséquences de raison. Jésus, le fils de l’Homme n’a-t-il pas demandé à celui qui n’a pas péché de jeter la première à Marie-Madeleine ? Aucune pierre n’a été jetée.

Gardons-nous donc des jugements hâtifs, surtout en défense de ceux qui ont des comptes à rendre. Quand on a été trop loin, il faut s’attendre à ce qu’il y ait une réaction. Cela est normal, inévitable même, et nous devons avoir en esprit que les personnes qui ont été privées de leurs droits sans défense ne croient plus à dame Justice, attitude humainement compréhensible et la légitime défense de l’Etat se verrait conséquemment opposé à l’état émotionnel extrême du citoyen frustré qui lui vaut une excuse absolutoire.

Pour le Prof. Mehlang Chang dans ‘’Déclin de l’Afrique francophone,

« La bêtise humaine a dépassé les limites »; et « l’esclave veut rester enchainé ».

Monsieur le Président Biya, Il y a des signes qui ne trompent pas.

Notre pays est classé la 35ème dictature dans le monde (The  Economist), à un moment, il a été le pays le plus corrompu au monde (Transparency International). 

Quand vos compatriotes engagent des manifestations pacifiques à mains nues, pour dénoncer leur mal-être, vous sortez en travers de leur parcours des policiers armés jusqu’aux dents qui leur tirent dessus à balles réelles, des journalistes  en reportage sur le lieu des manifestations sont tout simplement enlevés sans autre forme de procès, une entrave au libre exercice du droit à l’information

Vos sbires vont jusqu’à enlever de leurs lits d’hôpital des blessés en soins pour les conduire dans des lieux de détention contre l’avis des médecins traitants, des manifestants sont déplacés, j’ai envie de dire déportés, nuitamment de leurs lieux de résidence à Yaoundé comme s’ils ne pouvaient pas être entendus dans leur lieu d’arrestation (Douala, Mbouda, Bafoussam, Dschang.. .)

Pierre Péan, dans son ouvrage ‘‘les Affaires Africaines’’ publié en 1983 nous rappelle que dans les années 1955, le Cameroun a perdu au moins 5OO de ses enfants en majorité des bassas et des bamilékés, cela pour la défense de leurs droits fondamentaux.

Aujourd’hui, les méthodes n’ont guère changé, l’objectif non plus, les morts du BOKO HARAM  comme ceux du NOSO ne se comptent plus, en tout  cas, ils ont largement dépassé le million, sans parler des déplacés qui vivent dans des conditions inacceptables pour tout être doué de raison, ayant du cœur, le sens de l’humain,  et tout cela, devant une indifférence révoltante d’un gouvernement qui n’a pour préoccupation que de conserver le pouvoir pour ses intérêts égoïstes et ceux de ses partenaires qui ont contribué à son accession à la tête de l’Etat.

Comment ne pas comprendre la révolte de ce peuple !

Faut-il nécessairement arriver à la guerre civile pour que la Communauté internationale mette fin à l’hypocrisie et fasse jouer les règles du droit à l’ingérence qui, seul peut contribuer à sortir le Cameroun de cette spirale. Ce peuple n’aspire qu’à la jouissance de ses libertés fondamentales : libertés d’associations, de manifestations, de réunions, liberté d‘expressions, liberté d’opinions, la juste répartition des fruits de la croissance, un équilibre des régions, tous des denrées rares dans le pays de UM NYOBE.

Il est vrai, comme disait l’autre, il n’y a pas d’amis en politique, que des intérêts. Mais pour la paix de l’humanité, loin de toutes manipulations des armes, la communauté internationale doit se mobiliser pour mettre rapidement en place une force de combat contre le mal, ‘’encourager les démocrates africains et les diasporas militantes pour faire tomber les despotes qui n’ont que faire des peuples’’, des peuples qui ne cessent de s’appauvrir et meurent de faim dans des quartiers délabrés. Tel était aussi le cri de cœur du député André CHASSAIGNE devant la représentation nationale en France au Palais Bourbon.

Je suis tenté de dire que le silence de la communauté internationale rend celle-ci complice des crimes contre l’humanité, de génocide et autres crimes économiques dont nos jeunes Etats sont victimes.  Oui, Trop c’est trop !

Ai-je besoin de vous faire la démonstration de comment sont voués aux gémonies tous ceux de nos responsables d’Etat qui ont simplement tenté de s’employer à ouvrir leur pays à la concurrence internationale et installer un rapport d’égal à égal !

Monsieur Paul Biya, il sonne encore dans nos oreilles, et nous en avons gardé bonne souvenance, cette interpellation, ce cri de cœur, le vôtre,

Quel Cameroun demain pour nos enfants !

Vous en souvient-il ? Vous paraissiez alors vous intéresser à la cause du pays et à son devenir. Aujourd’hui, nous en sommes bien loin

Ils vous ont induit en erreur ceux qui vous ont conduit à embastiller le Professeur Maurice KAMTO, cet illustre fils du pays qui, comme un précurseur, clamait dans son essai philosophico-politique, l’urgence de la pensée

« …le plus dur reste à faire, prendre toutes les bastilles qui peuplent nos têtes, car nous n’avons cessé  d’être les fossoyeurs de nos propres espérances. Ce qui désespère, c’est l’inconsistance de nos convictions démocratiques, c’est la légèreté de notre engagement pour la cause de la démocratie, c’est l’attentisme calculateur de quelques-uns, ce ponce-pilatisme paresseux et révoltant de quelques autres. Ce qu’il faut vaincre, c’est la peur, cet incroyable torpeur qui en chacun de nous fait barrage à la démocratie … »

Monsieur le Président Biya, Arrêtez la fracture du pays. Libérez ceux de nos compatriotes dont vous privez abusivement de liberté, et pour la paix publique et notre vivre ensemble, déposez votre tablier.

J’ai dit

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