KALARA OU LA NÉCESSAIRE CHRONIQUE JUDICIAIRE

KALARA fête aujourd’hui sa 200 ème Edition.

Chaque lundi en effet les Camerounais se sont habitués à voir leur Hebdomadaire à la Une de tous les kiosques, partout sur le territoire national.

C’est en Février 2013 qu’est créé Kalara, sur l’initiative de Christophe Bobiokono, ancien de l’ESSTIC et déjà rôdé au métier de Journaliste. C’est lui qui insufflera au Journal  ce côté engagé et libre qui le caractérise et en a fait sa réputation.

Mais peut-on parler de la Presse au Cameroun sans nécessairement revenir sur les années 90, quand la Démocratie osa ses premiers pas? La parole se libéra, la presse, jusque-là muselée, prit son envol, et les journaux se multiplièrent. Aujourd’hui on en dénombre plus de 500.

Si seule la démocratie permet à la Presse d’exister…

Peut-on pour autant parler de démocratie sans une presse libre, car c’est bien le rôle de la presse de la faire vivre. N’est-elle pas le fondement de toutes les démocraties, comme le dit Youssef Chahed, en parlant de son pays, la Tunisie : « La liberté de la Presse est un rempart de la démocratie ».  Le citoyen a la parole,  c’est un droit acquis, mais qu’en fait-il s’il n’a aucun moyen pour pouvoir l’exprimer, s’il ne peut, pour ce faire, se servir des journaux ? Il trouvera auprès d’eux une écoute, et dans leurs colonnes une tribune pour dire ses maux, ses revendications et ses aspirations. La Presse est bien en cela « la voix du peuple… et des sans-voix ».

Le citoyen est en droit de savoir, de tout savoir de la vie politique, au nom de la transparence, puisqu’il est le premier concerné par les décisions prises au sommet. Qui mieux que la presse pour lui rendre compte et l’informer ? Garante donc du bon fonctionnement de la démocratie.

Une des clefs de voûte de la démocratie est sans conteste aux yeux de tous la Justice. C’est à l’aulne de la justice que se mesure en effet le chemin parcouru. Tout citoyen est en droit d’attendre un jugement équitable, mais comment être sûr qu’il n’a pas été lésé ? Lui qui ne trouvera que des portes fermées. Christophe Bobiokono l’a très vite compris et en a fait l’objectif de son journal. Etre au plus près de la justice, se faire le chroniqueur des Tribunaux et des salles d’audience, quitte à en hanter les couloirs, n’en déplaise parfois à tout ce petit monde. Mais pourquoi avoir fait de Kalara un éditorial juridico-judiciaire ? Dans un double but. D’abord tenir informé tout un chacun des grands procès en cours, de leur évolution pour se faire une opinion jusqu’à l’heure du verdict. Autrement dit susciter la réflexion, éveiller les consciences et par là même éduquer. Et évidemment préserver des abus qui viendraient d’un pouvoir sans contrôle. Il faut, comme le disait Georges Orwell, se donner «  la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre ».

Une tâche bien difficile et d’autant plus ingrate que le journaliste est en permanence sous les feux de la rampe puisque le but du journal est de circuler, d’atteindre le maximum de lecteurs, dans le maximum d’espace. Pas question donc de se cacher ou de se renier. Il doit assumer tout ce qu’il écrit. Donc : se tenir à la vérité, rien que la vérité, sans la déformer, sans pression d’où qu’elle vienne. Comme dit  l’adage «  la liberté des uns commence là où finit celle des autres ». Le risque effectivement serait de se laisser entraîner à des allégations mensongères et à la calomnie, de se prêter à la délation monnayant ses sources.  Rester objectif, tenir bon, résister, c’est tout le mérite du journaliste s’il veut que son journal reste digne de ce nom et de ce qu’on en attend. Gardons- nous d’une vision aussi idyllique ! Quand on sait que chez nous il y a toujours un œil qui veille, prêt à sanctionner, prêt à censurer. En effet, l’homme de « ne dure pas au pouvoir qui veut » veille au grain et ne laisse rien passer qui puisse entamer son auréole. Chantre de la manipulation, on lui donnerait aisément le prix Nobel de la tolérance et pourtant… C’est pourquoi, nous ne pouvons que saluer le courage de Christophe Bobiokono et de ses compagnons, fidèles à leurs convictions et imperturbables dans leur devoir d’informer et de dénoncer. On a souvent prêté à la Presse le rôle de « Quatrième pouvoir ». Oui, mais à condition d’y voir un pouvoir qui s’oppose aux trois autres, en quelque sorte un « contre-pouvoir » qui contraint les autres à bien se tenir

Protégeons jalousement le travail de la presse, de nos journalistes car « Si la liberté d’expression nous est enlevée alors, muets et silencieux, nous pourrons être conduits à l’abattoir comme des brebis » (Georges Washington)

Longue vie à KALARA.

(*) Avocat au Barreau du Cameroun      

Ancien Bâtonnier de l’Ordre

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